Ni grosse cylindrée ni marque prestigieuse : voici pourquoi le salut motard divise autant

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Il suffit d’emprunter quelques kilomètres de bitume pour s’en rendre compte : le salut motard, ce fameux « V » de la main, est loin de faire l’unanimité. Politesse pour les uns, marque d’appartenance pour d’autres, voire geste ésotérique pour les non-initiés, ce code pourtant bien ancré dans le monde des deux-roues françaises suscite débats, sourires, parfois crispations. Mais pourquoi donc ce petit signe si anodin provoque-t-il tant de discussions ? Et surtout, pourquoi tout le monde ne le pratique-t-il pas ? Plongeons dans le joyeux bazar du « V » motard…

Le salut motard : tradition, valeurs et évolution

Dans l’univers de la moto – petit monde mais poids plume qui cogne fort – le salut motard fait partie intégrante du langage gestuel des routiers sur deux (ou trois !) roues. Qu’il s’agisse d’une main relevée élégamment à l’horizontale, d’un petit doigt levé en passant, ou du fameux « V » en pleine ligne droite, ce geste incarne un code de politesse, de respect, et signale à tous « je fais partie de la tribu motarde ». Mais cette communauté, bien que soudée dans l’adversité, a aussi ses règles… et ses fractures.

Il fut un temps pas si lointain (disons il y a quarante ans !), où l’entraide était la norme : un motard en panne sur le bas-côté n’attendait pas longtemps avant de voir arriver un collègue prêt à l’aider. Aujourd’hui, avec plus de motos sur les routes et des téléphones portables pour appeler l’assistance, ce réflexe se perd. Certains confessent même qu’avec la multiplication des machines, il faudrait saluer « toutes les trente secondes » – et on risquerait donc vite de rouler sans les deux mains sur le guidon !

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Qui a droit au salut ? Les frontières mouvantes du « nous »

Le diable se niche dans les détails… et dans les catégories de motos. Car tous les conducteurs de 2-3 roues motorisés ne sont pas logés à la même enseigne :

  • Scooters : Les utilisateurs de scooters, en particulier les 125 cm3 – souvent appelés « baignoires à roulettes » (aucune jalousie là-dedans), majoritairement au permis B – sont parfois exclus du salut motard, car ils ne seraient pas de « vrais » motards. Pourtant, ces conducteurs bravent la pluie toute l’année et avalent bien souvent plus de kilomètres que certains « motards solaires » qui ne sortent la monture qu’aux beaux jours.
  • Trois-roues : Piaggio MP3, Kymco CV3, Peugeot Metropolis… Ceux-là aussi font les frais d’une large indifférence. Quant aux Can-Am Spyder ou Ryker, ils déclenchent davantage d’incompréhension (« Ça prend la place d’une voiture, ça ne penche pas : hérésie ! »). L’adage motard reste : « je penche, donc je suis ».
  • Side-cars : Ils bénéficient en revanche d’une aura sympathique, même si, ironie du sort, eux non plus ne penchent pas. Leur salut implacable serait-il lié au type de permis requis (motard pour le side, permis auto pour le Can-Am) ?

Entre tout cela, la frontière peut sembler floue : certains motards qui roulent aussi en scooter s’amusent d’être ignorés sur leur 125 alors qu’ils possèdent par ailleurs une grosse cylindrée. La réalité, c’est que la marque, la puissance ou même le style vestimentaire (shorts et baskets bannis par certains vigilants du cuir…) peuvent faire basculer du côté lumière… ou obscurité motarde.

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Opinions et paradoxes : jusque dans le V, tout est nuance

Le geste du salut motard, d’apparence si universel, recouvre ainsi des dissensions parfois surprenantes. Quelques grandes tendances émergent :

  • L’engagement : pour beaucoup, le « V » reste un signe d’encouragement, de fragilité partagée, voire d’appel à la prudence (« Fais attention à toi ! »). Certains saluent tous les deux ou trois-roues, d’autres uniquement ceux qui « ont l’esprit motard ».
  • L’indifférence ou le calcul : fatigués des trop nombreux vents, certains adoptent la stratégie du « je réponds seulement à ceux qui me saluent ». D’autres estiment qu’il serait exagéré de saluer toutes les trottinettes et 50cc qu’ils croisent.
  • La fracture générationnelle : anciens regrettant l’esprit d’antan, jeunes en 50 salués avec bienveillance (« aujourd’hui, c’est le gros cube ou rien ! »), culte de la marque et du permis moto versus usage utilitaire et plaques oranges…
  • L’exclusion : parfois, le refus du salut se fait volontaire, par jugement : tenue inappropriée, pilotage jugé fou, attitude non-conforme aux valeurs véhiculées.

Là où d’autres préfèrent ignorer la question, estimant qu’un inconnu sous casque reste un inconnu, et que la vrae solidarité se prouve « quand il faut pousser une bécane » plutôt qu’en levant deux doigts.

Au final, ce qui divise le plus n’est ni la cylindrée, ni la marque, ni la philosophie : c’est peut-être l’idée même d’une communauté aux frontières mouvantes. Certains y croient, d’autres s’en amusent, beaucoup la vivent à leur manière ou revendiquent le droit à la nuance. Mais au détour d’une route de campagne, un salut en V n’a jamais abîmé une poignée de gaz. Alors, saluons ou non… mais roulons ensemble (et prudents) !

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